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Revue Reconquete n° 377
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377Marc Froidefont Les cinq paradoxes de la cancel culture

Les cinq paradoxes de la cancel culture


Que veut dire cette expression anglo-saxonne  cancel culture  que nos journalistes emploient sans même lui donner une tournure française ? Une traduction mot à mot pourrait être culture de l'annulation , puisque le mot anglais cancel  signifie  annuler  ; une telle traduction serait cependant incorrecte puisque le mot même de culture  est ici employé au rebours de son acception classique. Cancel culture  désigne un comportement adopté par tout un courant d'opinion aux États-Unis, courant que l'on trouve sous diverses formes en Europe. La cancel culture  rassemble tous ceux qui luttent contre ce qu'ils prétendent être le racisme ou le sexisme. Tous ces gens ont la certitude de représenter le camp du bien, et leur comportement consiste à dénoncer telle ou telle personnalité qui serait dans le camp opposé, c'est-à-dire, toujours selon eux, tous ceux qui incarneraient d'une manière ou d'une autre, le camp du mal. Cette dénonciation a pour objet, bien sûr, de discréditer l'adversaire, désormais condamné moralement comme sexiste ou raciste ; le but est de le mettre à mort socialement, lui faire perdre son emploi ou, s'il s'agit d'une société commerciale, dissuader ses clients ou ses partenaires publicitaires, afin de l'amener à la faillite. La cancel culture  ne s'attaque pas seulement aux personnalités vivantes, mais aussi aux grands hommes de l'histoire, de sorte que leurs statues soient vandalisées ou déboulonnées, que leurs noms ne servent plus à désigner tel ou tel établissement scolaire, qu'ils soient privés de commémoration ou tout simplement qu'ils disparaissent des livres d'histoire. Il est facile de voir que ce mouvement ne se fonde aucunement sur la raison et surtout qu'il est éminemment dangereux. Afin de limiter la longueur de nos propos, nous nous bornerons à considérer ici l'action de la  cancel culture  envers les personnalités historiques. Cinq paradoxes suffiront pour caractériser cet aspect de la  cancel culture .


Premier paradoxe : l'anachronisme

Tous ces actes, tous ces propos des adeptes de la cancel culture  relèvent de l'anachronisme. Que l'on considère l'histoire des États-Unis ou celle de la France, comment ne pas voir que le présent dépend du passé ? Comment ceux qui vitupèrent la société dans laquelle ils vivent, ne s'aperçoivent-ils pas que c'est à cette même société qu'ils doivent leur propre existence ? L'année dernière plusieurs statues de Christophe Colomb ont été déboulonnées ou vandalisées aux États-Unis. Supposons que Colomb n'eût point découvert l'Amérique ni personne après lui. Certes les Indiens n'eussent point été massacrés, mais ni les Américains blancs ni les Américains noirs n'auraient vu le jour, de sorte que tous ceux qui, à la suite de ce qu'on a appelé Blacks lives matter, ont vandalisé la statue de Colomb, ont attaqué celui-là même qui indirectement leur permet d'être là où ils sont aujourd'hui. L'anachronisme à proprement parler est bien sûr que le célèbre marin n'avait dans son esprit ni dans ses actes rien qui pût le rendre responsable de l'histoire ultérieure, quels que soient les jugements que l'on puisse porter sur cette histoire.


Deuxième paradoxe : la méconnaissance de la réalité historique

Cette méconnaissance commence par celle des mots. Le mot racisme signifie le mépris d'une race envers d'autres, aujourd'hui ce sens a été modifié pour critiquer la notion de différence en général, de sorte qu'il suffit désormais d'être de telle ou telle race, pour être potentiellement raciste envers une autre, n'aurait-on jamais eu un quelconque mépris envers qui que ce soit. La  cancel culture  ne se souciant guère du sens des mots, a plutôt tendance à propager des représentations sans nuance de la société. Elle met en avant une opposition entre les « blancs » et les autres, en faisant des premiers non seulement des racistes mais aussi des descendants d'esclavagistes, de sorte que tout homme blanc soit, en quelque sorte héréditairement, coupable d'esclavagisme. La cancel culture  oublie que l'esclavage a longtemps été une réalité universelle, existant dans la plupart des civilisations. S'en prendre au seul homme blanc est donc une méconnaissance flagrante de l'histoire. Rappelons seulement que le mot esclave vient de slave, ce qui se comprend lorsque l'on sait que pendant des siècles, des habitants de l'Europe centrale et orientale ont été capturés pour être vendus comme esclaves aux pays musulmans. Esclavage extrêmement cruel puisque les hommes étaient castrés. Plus proche de nous dans le temps, rappelons aussi que la Méditerranée fut parcourue par des pirates qui attaquaient les navires mais qui faisaient de plus des razzias sur les terres méridionales de l'Europe, et cela jusqu'en 1830, date à laquelle Alger fut prise par les Français, mettant fin ainsi aux marchés des esclaves. L'esclavage a existé sous différentes formes en Asie et en Afrique, et il n'est guère difficile de trouver des exemples de pratiques esclavagistes dans l'histoire toujours cruelle de l'humanité. En s'en prenant seulement à l'homme « blanc », la  cancel culture  fait preuve d'une spécieuse cécité.


Troisième paradoxe : la méconnaissance de la nature humaine

La cancel culture séduit ses adeptes en dénonçant la violence, soit en général, soit à l'occasion de faits divers qu'elle met habilement en avant afin de susciter l'émotion. Il est dans la nature humaine d'être sensible à telle ou telle injustice patente, et à tel ou tel drame humain particulier. La pitié est alors suivie de la colère, sentiments faciles à propager. Évoquer telle personnalité et le rôle direct ou indirect qu'elle ait pu avoir soit avec l'esclavage soit avec telle ou telle violence, suscite facilement l'indignation, mais les circonstances historiques sont mises de côté et toute explication écartée. Ce n'est pas qu'il faille justifier a posteriori des conduites humainement condamnables, tel que l'esclavage en lui-même ou telle ou telle atrocité civile ou militaire. Il y a cependant des distinctions qui s'imposent, des efforts ont été faits à diverses époques, ainsi est-on passé de l'esclavage au servage, puis à son abolition, et les les chrétiens ont été particulièrement actifs en ce sens. Et, sans évoquer l'esclavage, il ne se peut pas qu'il y ait des sociétés si parfaites qu'on ne puisse y trouver des sujets de critiques ou d'indignation. On peut certes faire des efforts pour que la société soit meilleure, mais la violence et la méchanceté sont des constantes de la nature humaine qu'on ne peut extirper. La cancel culture est en son essence hypocrite puisque rien n'indique que ses adeptes puissent être eux-mêmes dénués de la violence qu'ils condamnent chez les autres.


Quatrième paradoxe : la cancel culture censée dénoncer la violence est elle-même violente

La cancel culture privilégie l'émotion plutôt que la raison. Elle mobilise les gens en leur montrant telle ou telle image qui en elle-même touche la sensibilité, mais en se gardant bien d'en montrer d'autres qui puissent pour le même événement aller en sens inverse, ou du moins inciter à plus de réserve. L'émotion est pourtant souvent mauvaise conseillère si elle n'est pas accompagnée ou rectifiée par la raison. La cancel culture use donc d'une tactique de manipulation des foules, manipulation d'autant plus aisée qu'elle vise en priorité les jeunes gens. Gustave Le Bon avait en son temps défini les trois caractéristiques de la foule : l'irresponsabilité, la contagion et la suggestibilité. L'irresponsabilité est le sentiment de force, la contagion est le même état d'esprit qui se répand, et la suggestion est l'abandon de toute conscience individuelle, de tout esprit critique. La télévision a considérablement augmenté les possibilités de manipulation de l'opinion, et la cancel culture trouve là son terrain privilégié : imposer des images et ressasser des slogans. Elle est une violence contre l'esprit tout autant qu'elle est une violence dans les faits.


Cinquième paradoxe : la cancel culture n'est pas une culture, mais l'ennemie de toute culture

La cancel culture  est littéralement la culture de l'annulation. Mais qu'est-ce que la culture ? Cicéron est l'un des premiers à avoir employé le mot en tant que métaphore de la culture des champs. On cultive son esprit comme autrefois l'on cultivait un champ, ce qui suppose à la fois des efforts et du temps. On acquiert donc de la culture, ou plutôt on la conquiert. A l'inverse, la cancel culture  veut l'abolition de toutes les références au passé, à l'histoire, au patrimoine ; or comme l'écrivait dom Gérard « effacer les traces du passé est le premier effet de la barbarie ». Enlever tel ou tel nom historique prestigieux qui orne le fronton d'une école, déboulonner une statue, empêcher une commémoration ou une conférence, ou expurger d'un livre d'histoire tel homme célèbre jusque-là admiré, c'est couper toute une génération de son passé, c'est la rendre inculte et donc la livrer à la barbarie.


La cancel culture  est particulièrement dangereuse car elle joue sur l'émotivité des gens, ce qui est un procédé classique des forces de subversion. Durant les années Nixon, par exemple, certaines organisations incitaient les étudiants à défiler contre la guerre au Viêt-Nam, les jeunes ainsi manipulés croyaient avoir une démarche pacifiste, alors qu'ils ne faisaient que servir, sans le savoir, les intérêts des communistes qui allaient bientôt prendre le pouvoir à Saïgon et installer leur dictature. La cancel culture  agit de même : elle exploite la naïveté et la sensibilité de nos contemporains et impose un fanatisme qui se développe en annulant, en tuant la mémoire. Elle est l'ennemie mortelle de notre civilisation. Elle sert les intérêts d'autres sociétés qui espèrent et attendent la disparition de nos valeurs occidentales.

Marc FROIDEFONT





 





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