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Revue Reconquete n° 356
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356Marc Froidefont Le sexe avant la raison, ou l'abrutissement de notre époque

Le sexe avant la raison, ou l'abrutissement de notre époque


S'il est un point commun entre la sagesse de l'antiquité et le christianisme, c'est la mise en avant de l'éminente dignité de l'homme. L'homme fait certes partie de la nature en tant qu'il a un corps, mais il s'élève au-dessus d'elle grâce à son esprit, à sa raison. Cicéron se plaît à dire que le corps de l'homme a une forme qui le subordonne à son esprit : tandis que beaucoup d'animaux sont courbés vers leur pâture, l'homme est le seul à être debout, comme pour être plus près du ciel, sa vraie patrie[1].

Cette distinction entre l'homme et l'animal a pour conséquence que notre identité est d'abord spirituelle avant d'être physique. Le corps est une part de nous-même, mais la raison ou notre âme en est la part essentielle. Nous dominons, jusqu'à un certain point, notre corps, de sorte que nos comportements relèvent de notre humanité et non de l'animalité. La pudeur, dit encore Cicéron, exige que, sauf à régresser vers l'animalité, non seulement nous cachions aux regards les actes sexuels[2], mais encore que nous nous abstenions de toute parole trop grossière.

Cette morale plus que deux fois millénaire, tant dans notre conduite que dans nos propos, est fortement mise à mal depuis quelques années. Ce que nous constatons, c'est à l'inverse l'immense importance accordée au sexe, comme si ce que nous avons ou ce que nous n'avons pas entre nos jambes était plus important que notre raison ou notre esprit. Certains m'objecteront qu'être un homme ou une femme fait que nous avons une raison d'homme ou une raison de femme. Qu'il y ait des différences de sensibilité, nul ne le niera, mais cela n'altère en rien l'idée de la primauté de la raison en elle-même, hors de toute référence au sexe. Lorsque nous pensons, lorsque nous réfléchissons, nous le faisons d'abord en tant qu'être doué de raison, en tant qu'être humain, et non parce que nous sommes un homme ou une femme. Ce qui compte est donc notre intelligence en tant que faculté de penser, et non, répétons-le, le fait qu'on soit un homme ou une femme. Ainsi la parité entre hommes et femmes dans certaines instances, comme par exemple dans le gouvernement, est-elle en soi une absurdité. Plutôt que d'attribuer tel poste ministériel à telle personne qui aurait les compétences et le charisme requis, la personne désignée le sera peut-être parce qu'il faut ici un homme ou une femme pour que la parité soit respectée.

Cette exigence de parité n'est cependant qu'un symptôme, elle n'est que l'effet de l'importance donnée au sexe, non la cause en elle-même. Cette cause, quelle est-elle ? Elle n'est rien d'autre que l'abandon de l'ordre que nous évoquions plus haut, celui de la domination de l'esprit sur le corps, de l'humanité sur l'animalité. Pourquoi cet abandon ? Notre esprit, ou notre droite raison, est pourtant articulé à la notion de vérité, laquelle nous montre qu'il y a un ordre dans la nature, ordre qui ne peut pas être autrement qu'il est. Les philosophes antiques, et particulièrement Cicéron que nous avons cité, et tout le christianisme, nous disent que cet ordre de la nature n'est ordre que par la volonté de Dieu. Cette idée de transcendance ou d'ordre, c'est précisément ce que l'orgueil humain a de la répugnance à accepter.

L'épicurisme, dans l'antiquité, en donnant une place centrale à la notion de plaisir, et en présentant la morale comme une simple convention, avait déjà été un pas vers l'athéisme. Cette philosophie néanmoins, resta longtemps minoritaire. Il fallut, quelques siècles plus tard, la critique subversive de la philosophie dite des Lumières, pour que les hommes crussent qu'ils pouvaient se passer de toute transcendance religieuse. L'abandon d'une telle transcendance aboutit à ce que l'homme se perçut comme maître de lui-même. Les philosophes proclamèrent alors que les hommes s'étaient émancipés, qu'ils étaient désormais libres.

Mais qu'est-ce qu'une telle liberté ? Tant que la religion ; quoique décriée, eut encore quelque influence, tant que certaines idéologies combatives purent exalter les énergies, il y eut encore des conduites morales ou qui se croyaient morales. Avec l'effondrement, du moins dans notre monde occidental, de la croyance au monde meilleur soviétique, beaucoup de nos contemporains, sans foi religieuse, sans grande confiance en la politique en ce qu'elle peut avoir de véritablement civique, ne purent que se tourner vers leur propre vie privée, et l'exalter au-delà du raisonnable. C'est ce que certains sociologues ont appelé l'ère de l'individualisme ou, pour reprendre la formule de Gilles Lipovetsky, l'ère du vide .

En quoi consiste cette liberté, ou plutôt cette pseudo-liberté tant vantée aujourd'hui ? Elle se fonde sur la recherche du plaisir. Une telle recherche, pourrait-on objecter, a existé  de tout temps. La différence avec aujourd'hui est grande cependant, car autrefois une recherche ostentatoire du plaisir, et en particulier de celui des sens, était considérée comme dégradante ou du moins comme un comportement caractéristique de gens vils. Aristote, dans l'antiquité, le note avec mépris : « La foule se montre véritablement d'une bassesse d'esclave en optant pour une vie bestiale, mais elle trouve son excuse dans le fait que beaucoup de ceux qui appartiennent à la classe dirigeante ont les mêmes goûts qu'un Sardanapale »[3]. Aujourd'hui point de considération morale.

Ce qui caractérise notre époque est l'importance accordée aux comportements sexuels, à l'orientation sexuelle, comme disent les partisans de la théorie du genre. Nous aboutissons là à l'extrême conséquence de l'abandon de toute transcendance. La perte de la foi religieuse entraîne avec elle l'érosion de toute autorité dans tous les domaines quels qu'ils soient. Que reste-il alors ? Il reste ce que le poète russe contre-révolutionnaire Tiouttchev appelait le moi humain : « Le moi humain, ne voulant relever que de lui-même, ne reconnaissant, n'acceptant d'autre loi que son bon plaisir, le moi humain, en un mot, se substituant à Dieu [...] »[4]. Ce moi humain livré à lui-même s'abrutit, au sens étymologique, c'est-à-dire devient une brute, une bête, s'il n'écoute que ses désirs sensuels.

C'est là ce que l'on peut reprocher à ceux qui se définissent d'abord par leur comportement sexuel, car agir ainsi, c'est renverser l'ordre naturel, lequel exige la primauté de la raison, de l'esprit sur le corps. Ce n'est pas qu'il faille discréditer le corps, au contraire : en mettant le corps à la place qui lui revient, c'est-à-dire après l'esprit, on lui reconnaît son importance, sa juste valeur. De plus, le corps appartient en grande partie à la sphère privée, ce qui relève de l'intimité n'a donc rien à faire dans la sphère publique. Notre époque a pourtant l'attitude inverse : la loi oblige en certains cas la parité hommes/femmes, notamment dans certains postes à responsabilité. On peut se demander pourquoi une loi juridique, normalement en tant que loi valable pour tous, ne s'applique qu'en certains cas. La réponse saute aux yeux : une application à tous les niveaux, et dans tous les secteurs, de la parité hommes/femmes montrerait à l'évidence l'inanité de cette loi. Comment ferait-on dans l'éducation, dans la santé, dans la justice ? Il faudrait qu'il y ait un nombre égal d'hommes et de femmes partout !

Si la parité est en soi discutable, les revendications des diverses associations LGBT le sont bien davantage encore. On a vu plus haut que notre humanité relève de l'esprit, de la raison, plutôt que de notre corps. Si donc se définir d'abord par son comportement sexuel, plutôt que par son esprit, est renverser le bon ordre, vouloir intimer à toute la société une reconnaissance, une légitimation de ce renversement est encore aller plus loin dans le bouleversement.

MARC FROIDEFONT

 



[1] Cicéron, Des Lois, I, IX « [.] elle [la nature] lui a donné un corps d'une forme commode et convenable à l'esprit qui l'anime ; car, tandis qu'elle a courbé les autres animaux vers leur pâture, elle l'a comme excité à regarder le ciel, sa première famille et son ancienne demeure [...] » , traduction C. de Rémusat.

[2] Cicéron, Des DevoirsD, I, XXX « Les bêtes ne sont sensibles qu'au plaisir, et elles s'y portent de tout leur élan. L'esprit de l'homme se nourrit de connaissances ; sa pensée est toujours en quête de nouveautés, toujours en action, toujours entraînée par le charme de voir et d'entendre. Bien plus, s'il est un homme enclin aux voluptés, pourvu qu'il ne soit pas tombé au rang de la brute (car il en est qui n'ont conservé de l'homme que le nom), mais enfin s'il en est un qui, bien qu'entraîné par l'amour du plaisir, ne soit pas encore descendu aussi bas, il cache et dissimule ses appétits par un sentiment de pudeur », traduction H. Joly

[3] Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 3, traduction Tricot.

[4] Fiodor Tiouttchev, La Russie et la révolution, 1848 (texte écrit en français).





 





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