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Revue Reconquete n° 349
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349Marc FroidefontMgr de Sinety, Ganelon de la chrétienté

Mgr de Sinety, Ganelon de la chrétienté


Mgr de Sinety est l'auteur d'un livre : Il faut que des voix s'élèvent. Cet écrit1 prétend être une justification chrétienne de l'accueil des migrants, mais on n'y lit aucune argumentation cohérente et les références chrétiennes sont toutes prises à rebours de leur contexte. Si ce n'était qu'un livre parmi d'autres, ce serait certes déplorable, mais s'agit d'un ouvrage qui, du fait de la notoriété récente de son auteur, a ipso facto un certain écho dans les revues et journaux. Mgr de Sinety est en effet celui qui a célébré, il y a quelques mois, en présence des plus hautes autorités de l'État, les funérailles d'un chanteur certes populaire, mais dont on peut pas dire qu'il fut pour autant un modèle de vertu. Mgr de Sinety est vicaire général de Paris, sa position hiérarchique est donc importante, et pourtant ce qu'il écrit dans son livre, ou plutôt ce qu'il demande, ne tend à rien moins qu'à mettre en péril toute la chrétienté. Il faudrait, selon lui, non seulement accueillir plus de migrants, mais aussi et surtout leur donner tous les moyens pour qu'ils vivent le mieux possible : droits, logement, travail etc. Qu'une telle proposition, déjà en partie réalisée dans les faits, puisse aboutir à changer radicalement la France et l'Europe, ne gêne en rien l'auteur. Le mot islam n'est pas écrit une seule fois dans tout le livre.


Une fausse contre-vérité

Mgr de Sinety met en avant la notion d'amour. L'idée est simple : tous les êtres humains sont aimés de Dieu, et cet amour « fait de nous des frères et des sœurs. »2 Cette fraternité, ajoute l'auteur, « ne repose pas sur le sang, elle ne repose pas non plus sur l'appartenance à un même sol. »3 Nous devons en conséquence ne pas restreindre notre amour à nos proches, mais étendre cet amour à l'humanité entière, et donc aux migrants. A contrario, dit l'auteur «  Imaginer que nous sommes limités dans notre capacité à aimer est bien pire qu'un mensonge. C'est une contrevérité qui dénature notre identité même d'être humain. »4

Cette « contrevérité » est pourtant énoncée explicitement par Thomas d'Aquin, saint et docteur de l'Église. Dans son Commentaire des Psaumes, Thomas d'Aquin explique « que nous aimons quelque chose dans la mesure où nous la considérons comme nôtre »5, propos qu'il développe dans la Somme Théologique en montrant que nous ne pouvons pas aimer tout le monde de la même manière. Nous devons aimer d'abord nos parents, puisque nous sommes liés « par les liens de la nature et du sang »6, puis nos concitoyens.


Une véritable inconséquence

Selon Mgr de Sinety, nous devons aimer et accueillir les migrants. Notre auteur se livre ensuite à un raisonnement fort peu conséquent : ne pas aider les migrants, ce serait être égoïste. D'après l'auteur, notre société regorge de richesses, « notre ultraconsommation est scandaleusement indécente. »7 Mgr de Sinety donne quelques exemples : « Ai-je besoin du dernier smartphone dont la valeur dépasse quelques années de travail d'un ouvrier dans bien des endroits du monde ? Est-il raisonnable de s'endetter pour s'acheter une voiture plus moderne alors que l'ancienne est encore performante ? »8 Que ces exemples ne puissent valoir que pour ceux qui sont assez fortunés, et non pour la majorité des Français, est sans doute ce dont l'auteur, lui-même « élevé à l'abri des soucis matériels »9 ne se rend pas bien compte. Là où le raisonnement n'est pas conséquent, c'est que Mgr de Sinety voudrait que les migrants deviennent eux-mêmes les membres d'une telle société de consommation dont il dénonce la vacuité. Les migrants veulent bénéficier du confort de la société européenne. Mgr de Sinety le dit explicitement : « L'immigration, ce sont d'abord des hommes et des femmes qui souhaient s'installer et vivre parmi nous. »10

Ainsi sous couvert d'amour et de moralisme, Mgr de Sinety adhère-t-il à cette idée que les migrants sont bénéfiques à l'économie. Sans doute pense-t-il qu'ils remplaceront les Européens puisque ces derniers sont en baisse démographique, et qu'ils n'hésiteront pas à travailler là où l'emploi est pénible. Mgr de Sinety le déclare explicitement : « Favoriser l'intégration de ceux qui arrivent chez nous, quel que soit leur statut, c'est investir pour l'avenir, c'est éviter d'avoir à gérer des problématiques sociales, d'emploi, de santé dans dix ou quinze ans. »11 Une telle présentation de la réalité a pour but de faire croire qu'il y a là une nécessité économique ; c'est, déclare l'auteur, « un mouvement inéluctable. »12 Notons, au passage, qu'une telle interprétation oblige notre auteur à gommer la différence entre réfugiés et migrants dits économiques : « Réfugié, migrant … Ces subtilités linguistiques nous empêchent de réfléchir et sont d'une perversité folle : elles nient d'abord le droit de ces hommes et de ces femmes à exister. Comment a-t-on décrété que la situation d'un migrant à la recherche d'un moyen de subsistance est moins grave que celle des réfugiés fuyant une dictature ? »13


Un démenti de Dupâquier

Mgr de Sinety se refuse, à propos des migrants, de parler d'invasion : « Ces migrants ne constituent pas une horde violente qui viendrait remettre en cause notre suprématie, notre confort et nos modes de vie. Cela n'a rien à voir avec une invasion. C'est même l'inverse : chacun de ces déracinés souhaite partager notre vie, espère que nous lui ferons un peu de place après un si long voyage pour qu'à son tour, lui aussi puisse vivre comme nous. »14. S'il n'y a pas d'invasion, il n'y a pas non plus de « grand remplacement. »15 Ceux qui disent cela sont « des complotistes .»16

Comment Mgr de Sinety peut-il affirmer qu'il n'y a pas d'invasion ? Son argument consiste à prétendre que la France s'est faite elle-même grâce aux immigrations successives. A titre d'exemple, il rappelle que pendant l'entre-deux-guerres la France « accueillait près de 7% d'étangers sur son sol. »17 Mgr de Sinety déclare que ceux qui sont hostiles aux migrants « diffusent des mythes, ainsi celui du -Français de souche- qui serait menacé, ce qui n'a aucun sens puisque cette terre a toujours été celle des migrations »18. La même idée se trouve sous la plume d'Edwy Plenel, lequel évoque « ces migrations qui ont fait la richesse de la France .»19

Les travaux scientifiques de Jacques Dupâquier concernant l'histoire de la démographie française réduisent à néant l'idée que la France ait été une terre d'immigration ! Les grandes invasions elles-mêmes, lesquelles marquent la fin de l'antiquité, n'ont eu qu'un impact démographique faible, et jusqu'au vingtième siècle, il est absolument faux de prétendre que la France ait été une terre d'immigration. Le chiffre même qu'avance Mgr de Sinety, à savoir les 7% pendant l'entre-deux-guerres ne concerne qu'une immigration liée au travail, et non une immigration de peuplement. Les apports venant de Pologne, d'Italie et d'autres pays européens ont cette particularité importante d'être chrétiens, ce qui constitue une différence considérable avec l'immigration légale ou illégale actuelle, laquelle est une immigration de peuplement. Cette dernière commence avec la possibilité du regroupement familial, sous le gouvernement de J. Chirac, V. Giscard d'Estaing étant alors président de la République, et s'amplifie continuellement, de sorte que les nouveaux arrivants et leurs descendants risquent à terme d'être majoritaires.


L'Islam oublié

Mgr de Sinety se rend-il compte que l'immigration apporte un bouleversement sans précédent dans l'histoire ? Il l'avoue dans un autre livre : « Pourquoi se le cacher : l'ère qui s'ouvre sera pour cette bonne vieille France un temps de changement profond. Certains prédisent des minarets en lieu et place de nos clochers ruraux. »20 Mgr de Sinety ne s'en émeut pourtant guère, il dénie même toute identité à la France : « […] nous ne savons plus trop qui nous sommes, où va notre pays et quelles sont ses valeurs »21. Il ajoute : « il ne faut pas : « [...]fuir dans la nostalgie d'un passé qui n'a jamais existé, ou dans des illusions trompeuses. »22 Il va de soi, selon le point de vue de l'auteur, qu'un slogan comme « Français d'abord » n'est qu'un « petit slogan » qui s'est « banalisé sournoisement. »23


Mgr de Sinety consacre une bonne partie de son livre à rappeler les gestes et les propos du Pape en faveur des migrants. Pour justifier les déclarations du Pape François, l'auteur les met en parallèle avec celles de quelques papes antérieurs, notamment Pie XII et Paul VI, sans se soucier que les flux migratoires étaient alors fort différents. Il est vrai que certaines déclarations de papes plus récents s'accordent avec celles de Sinety, mais est-ce parce que ces papes ont commis des maladresses ou des erreurs d'appréciation, qu'il faille les suivre ?24 Rappelons que le dogme de l'infaillibilité papale ne vaut que si le Pape parle ex cathedra, ce qui n'est pas le cas des propos rapportés par Mgr de Sinety.


Ce qui manque à Mgr de Sinety c'est l'honnêteté, car reconnaissons-le, ne pas dire une seule fois dans un livre consacré aux migrants que ces derniers sont pour la plupart musulmans, alors que l'auteur écrit explicitement en tant que chrétien, c'est faire fi de la réalité, pire, c'est la cacher, et la cacher, c'est tromper, voire mentir. Ni les migrants, ni les immigrés qui les ont précédés, ne changeront de religion. Certes, des efforts sont faits par des chrétiens25 pour convertir les musulmans, et il s'agit là d'un effort missionnaire essentiel, mais le nombre de ces derniers est si grand et leur progression si importante, que leur religion risque fort de devenir dominante. Jamais Mgr de Sinety ne fait allusion aux mises en garde des chrétiens d'Orient vivant dans des pays musulmans ; ignorerait-il la tragique situation de tous les chrétiens qui y sont persécutés en tant que chrétiens? Sait-il ce que c'est que la charia, que la dhimmitude ?


Exit la nation ?

Le grand tort de Mgr de Sinety, c'est de réduire à presque rien l'idée de nation. Il est vrai, selon le vocabulaire de saint Augustin, que tous les chrétiens forment une sorte de cité céleste dont la véritable patrie est la demeure de Dieu, mais il n'en demeure pas moins que les chrétiens sont aussi membres de la cité terrestre, et si l'évêque d'Hippone est souvent critique vis-à-vis des choses d'ici-bas, il reste constant sur le fait que tout chrétien doit aimer sa patrie terrestre. Saint Thomas d'Aquin va plus loin encore en insistant sur la piété que l'on doit avoir envers sa patrie. Le Pape Jean-Paul II non seulement fait l'éloge de la notion de patrie, mais encore du patriotisme : « Patriotisme signifie amour pour tout ce qui fait partie de la patrie : son histoire, ses traditions,sa langue, sa conformation naturelle elle-même. Tout danger qui menace le grand bien de la patrie devient une occasion pour vérifier cet amour. »26

Le christianisme n'envisage pas les hommes comme s'ils étaient sans lieu, nulle part. Les nations sont des entités qui s'inscrivent dans le plan divin. Ainsi n'a-t-on ni le droit moral, ni le droit spirituel de dilapider ce que nous avons reçu de nos aïeux. Appeler à accueillir les migrants, les loger, les nourrir et cela non dans un esprit missionnaire de conversion à la chrétienté, mais seulement pour qu'ils puissent bénéficier du confort (confort que beaucoup de Français n'ont pas eux-mêmes), pour qu'ils puissent « vivre décemment », comme l'écrit Mgr de Sinety, c'est faire preuve d'une compassion irréfléchie. Mgr de Sinety cite Ambroise, saint et docteur de l'Église, lequel disait que les riches devaient aider les pauvres. Il eût pu aussi rappeler que si saint Ambroise dit qu'il est beau d'aider ou de donner, encore faut-il que cela ne serve pas à nuire, et c'est être nuisible que de donner à ceux qui peuvent mettre en péril la patrie : « C'est en effet être nuisible, non pas être utile à autrui, si tu donnes à celui qui complote contre la patrie, qui désire rassembler à tes frais des hommes perdus pour attaquer l'Église. »27 Appeler, vouloir accueillir des centaines de milliers de migrants musulmans, qui plus est, en dissimulant le fait qu'ils soient musulmans, c'est mettre en péril la chrétienté. On pourrait dire de Mgr de Sinety qu'il est comme le Ganelon de la chrétienté, si du moins de nos jours un Charlemagne existait.


Marc FROIDEFONT












1Mgr de Sinety (avec Romain Gubert) Il faut que des voix s'élèvent, Flammarion, Paris, 2018.

2Idem, p. 16.

3Idem, p.16.

4Idem, p. 17

5Saint Thomas d'Aquin, Commentaire sur les psaumes, commentaire du psaume 17, traduction J.-É. Stroobant de Saint-Éloy, Cerf, Paris, 1996, p. 190.

6Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, II, IIa, question 26, article 8, traduction Drioux, Belin, Paris, 1851.

7Mgr de Sinety, Il faut que des voix s'élèvent, op. cit. p. 67.

8Idem, p. 69.

9Idem, p. 11. Dans un autre livre, Le cœur de l'homme, quelle pagaille !, Bayard, Paris, 2015. Mgr de Sinety commence ainsi, non sans une pointe de vanité, une confidence : « Le patron d'un important groupe international me confiait très librement cet échange qu'il avait eu, quelques jours avant notre déjeuner [...] » p. 37, nul doute que l'addition dudit déjeuner a elle aussi dépassé les moyens « d'un ouvrier dans bien des endroits du monde » !

10Mgr de Sinety, Il faut que des voix s'élèvent, op. cit. p. 60.

11Idem, p. 58-59.

12Idem, p. 43

13Idem, p. 42

14Idem, p. 36-37

15Idem, p. 36

16Idem, p. 36

17Idem, p. 36.

18Idem, p. 35

19Edwy Plenel, Le devoir d'hospitalité, Paris, Bayard, 2017, p. 18

20Benoist de Sinety, Le cœur de l'homme, quelle pagaille ! Paris, Bayard, 2015, p. 37.

21Mgr Benoist de Sinety, Il faut que des vois s'élèvent, op. cit. p. 78. L'auteur a ici oublié qu'il avait écrit le contraire quelques pages auparavant : « […] Les Français ne constituent ni une race, ni un ensemble homogène, mais une communauté de valeurs, riche de ses innombrables différences. » p. 36.

22Idem, p. 20.

23Idem, p. 50.

24Nous ne parlerons pas de cette partie du livre, puisque ce dont il est question a été magistralement traité par Laurent Dandrieu, dans son livre Église et immigration : le grand malaise, Presses de la Renaissance, Paris, 2017.

25Notamment par la Communauté de la Miséricorde divine, dirigée par l'abbé Fabrice Loizeau, et aussi par l'association Fraternité Notre-Dame de Kabylie, fondée par Mo-Christophe Bilek.

26Jean-Paul II, Mémoire et identité, traduction F. Donzy, Paris, Flammarion, 2005, p. 83.

27Saint Ambroise, Les devoirs, I, 30, traduction M. Testard, Paris, Les Belles-Lettres, p. 164.





 





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