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Revue Reconquete n° 290
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290Yves Daoudal"Jaurès le mythe et la réalité" La nécessaire réplique au culte qui revient

"Jaurès le mythe et la réalité"
La nécessaire réplique au culte qui revient

De Jean Jaurès on sait que c’est le nom d’une rue ou d’une place dans toutes les villes de France, et que ce nom était celui d’un tribun socialiste assassiné à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est à peu près tout. Pourtant on entend toujours, à l’occasion, ici et là, une citation de Jaurès venant appuyer le propos. un propos de droite comme de gauche, voire un propos épiscopal. ainsi en juillet dernier je lisais le texte virulent d’un évêque brésilien, Paulo sergio Machado, contre ceux qui « veulent le retour de la Messe en latin avec le prêtre célébrant le dos tourné au peuple ». Il concluait son libelle (à la fois stupide et cruel) par « deux pensées », la seconde était : « “Prenez à l’autel du passé le feu, non les cendres” (Jean Jaurès, socialiste français) ».

Ainsi Jaurès sert-il même de référence ultime à un évêque, pour fermer la bouche aux stupides réactionnaires qui souhaitent simplement bénéficier d’un acte législatif du pape obligeant toute l’Église… Pour cet évêque, l’autorité de Jaurès est supérieure à celle de Benoît XVI. sans doute ne sait-il pas que l’ambition de Jaurès était de supprimer le clergé (et d’éradiquer le christianisme), ou peut-être le sait-il, après tout, puisque lui aussi s’acharne à détruire l’Église, et peut-être plus efficacement que Jaurès.

Mais voici qu’arrive 2014. L’année du centenaire de l’assassinat du tribun. et l’on va nous assener sur tous les tons la légende républicaine, voire même la légende chrétienne, de Jaurès. On va nous servir à toutes les sauces le mythe du grand homme de la république sociale, l’orateur au service des faibles, l’homme de paix, l’homme du juste milieu de la laïcité, etc. Les encensements ont déjà commencé. Il était donc temps que paraisse le livre de Bernard antony, qui est une magistrale réplique préventive au culte jaurésien de l’année qui vient.

Au côté de Lénine
Bernard Antony nous montre que Jaurès est à la fois un bon bourgeois du tarn et un idéologue marxiste, assistant fièrement à la première communion de sa fille et voulant, selon ses propres paroles, « non seulement la laïcité complète de l’État, mais la disparition de l’Église et même du christianisme ».

Bernard Antony insiste sur cette réalité du personnage, car on fait souvent de Jaurès un socialiste spiritualiste, sans doute quelque peu hérétique sur le plan du dogme mais s’inscrivant néanmoins dans une inspiration chrétienne.

La vérité est que Jean Jaurès est d’abord un révolutionnaire authentiquement marxiste, communiste avant qu’existe le parti, membre du Bureau socialiste international (BsI) au côté de Lénine. Il est un des laïcards forcenés qui imposent les diverses lois anticléricales, puis finalement la loi de 1905. et il est le célèbre défenseur des mineurs de Carmaux dont il devient le député en 1893. et il est en 1903 le fondateur de L’Humanité.

Mais tout en se disant révolutionnaire il est capable d’intituler un discours Éloge de la réforme, tout en parrainant une autogestion ouvrière de faire remarquer aux ouvriers qu’ils ont besoin de patrons. etc.

On se trouve face à un très curieux personnage, et l’on comprend que Bernard Antony, qui le côtoie depuis toujours, en quelque sorte, puisque tous deux ont oeuvré dans le domaine social du côté de Castres, ait souhaité brosser le portrait de celui qui reste le grand homme de la région.

Jaurès : travail, famille, patrie !
Il n’hésIte pas à titrer un chapitre : Jaurès : travail, famille, patrie ! et en effet ce sont trois thèmes de prédilection du tribun socialiste. Bernard Antony cite des propos d’anthologie sur la défense de la famille, lors des distributions de prix… ou quand il s’en prend publiquement à la maîtresse d’un député…

Et c’est aussi sa propre famille. Bernard Antony prend un malin plaisir à conter par le menu la façon vaudevillesque dont Jaurès a pu trouver femme, grâce à une châtelaine qui avait décidé de le marier à la fille d’un bon bourgeois. Mais il fallait que maman soit d’accord, et la jeune fille aussi, ce qui ne fut pas si facile, d’autant que Jaurès était fort timide…

On a du mal à imaginer que c’est le même homme qui se livrera à des discours enflammés pendant des heures, voire des jours (et même deux journées d’affilée…) à la Chambre ou sur diverses tribunes, se prenant pour Cicéron multiplié par Bossuet, et en même temps pour un grand théoricien du socialisme.

Mais les discours de Jaurès (qui avait une mémoire prodigieuse et une culture encyclopédique) étaient un torrent de références, de citations, d’images, d’envolées lyriques à la tonalité éventuellement religieuse (au point qu’on pouvait se méprendre), d’une incontinence verbale correspondant à la boulimie anarchique du personnage qui arborait les reliefs de ses repas sur sa barbe… Bernard Antony cite deux portraits de Jaurès hauts en couleurs, signés Péguy et Anatole France.

Sous le déluge il n’y avait guère de théorie, et à ceux qui voient Jaurès comme un socialiste inclassable, Jules Monnerot répondait qu’il était « l’hérésie rhétorique » du socialisme.

Le pacifiste de l’armée nouvelle
On saIt aussi que Jaurès était « pacifiste ». et il l’était assurément, dans la mesure où il ne voulait pas de la guerre de 14. Mais l’un de ses principaux ouvrages est intitulé L’Armée nouvelle. Il est doublement significatif que ce livre de 450 pages soit… l’exposé des motifs d’une proposition de loi (qui ne sera jamais discutée à la Chambre), et qu’il devait être ensuite la première partie d’une somme intitulée L’organisation socialiste de la France, qu’il n’écrira pas (mais il est vrai qu’il est assassiné à 54 ans).

Ce livre est typique de Jaurès. C’est, nous dit Bernard Antony, « une vaste pièce d’enseignement simultanément politico-moral et historico-littéraire ». Il y en a pour tous les goûts. Mais il y a aussi le fond, authentiquement marxiste, de la proposition (longuement expliquée), qui est une militarisation de la société depuis l’enfance. L’« armée nouvelle », c’est le prolétariat organisé et armé qui peut faire face à toute agression. Le tout étant agrémenté de théories stratégiques d’une consternante absurdité.

Retour sur la révolution française
Le livre de Bernard Antony est en deux parties. La première est intitulée Histoire de Jaurès, la seconde Jaurès historien. Cette seconde partie est en fait entièrement consacrée à l’énorme Histoire socialiste de la Révolution française, rédigée par Jaurès sous la triple inspiration de Marx, Plutarque et Michelet…

En fait, même si son livre d’histoire est gigantesque (4.400 pages), Jaurès n’est pas plus historien qu’il n’est théoricien du socialisme. Du reste le seul fait d’intituler son livre Histoire « socialiste » montre qu’il s’agit de propagande. Ou d’une vision idéologique de l’histoire. Jaurès se sert des travaux des historiens, que parfois il se contente de recopier, et il les relit à la lumière du marxisme… et de l’actualité politique. ainsi cette réflexion sur la Constitution civile du clergé : « En un sens, c’est un acte de laïcité plus hardi que la séparation de l’Église et de l’État ; car, par la séparation de l’Église et de l’État, on ne laïcise que l’État ; la Constitution civile du clergé laïcisait à certains égards l’Église elle-même. »

Dans cette seconde partie, Bernard Antony utilise Jaurès pour exprimer ses propres considérations sur la révolution française. C’est en quelque sorte un dialogue entre les deux hommes, et c’est fort intéressant, car Bernard Antony ne caricature jamais la pensée de Jaurès, il ne peut même se départir d’une certaine sympathie pour le personnage, ce qui donne d’étonnants passages, comme lorsqu’il reproche à Jaurès (qui avait dénoncé les massacres d’arménien à la Chambre) de passer sous silence le génocide vendéen…

Ce qui est fascinant, finalement, chez Jaurès, c’est le mélange d’utopie délirante et de réalisme visionnaire. ainsi dans une même page Bernard Antony cite-t-il un discours aux lycéens d’albi, où Jaurès prophétise en 1903 « la paix définitive » qui va s’installer par « la démocratie, la science méthodique, l’universel prolétariat solidaire » ; et le propos où il refuse la guerre qui se profile, et où il voit juste sur ses deux conséquences : « D’une guerre européenne peut jaillir la Révolution et les classes dirigeantes feraient bien d’y songer ; mais il en peut sortir aussi pour une longue période, des crises de contre-révolution, de réaction furieuse, de nationalisme exaspéré, de dictature étouffante, de militarisme monstrueux… » Il est vrai aussi que quand on parle tout le temps et qu’on dit tout et le contraire de tout il arrive qu’on ne se trompe pas…

Enfin, l’étude de Jaurès dans son époque permet à Bernard Antony de poursuivre sa réflexion sur la francmaçonnerie, et même sa réflexion sur le judaïsme, car les envolées panthéistes de Jaurès ne sont pas sans rapport avec la Kabbale… et l’on retrouve aussi, ou plutôt d’abord, Bernard Antony en grand connaisseur de l’histoire sociale, et de l’histoire du communisme .

Bref, c’est un livre important, de plusieurs points de vue, mais d’abord comme contribution au rétablissement – et à l’approfondissement - de la vérité sur un pan de notre histoire.

Yves Daoudal
Atelier Fol’Fer, 278 pages Cet ouvrage peut être commandé au Centre Charlier
70 boulevard Saint Germain 75005 Paris (tel: 01-40-51-74-07) au prix de 30 euros (frais de port inclus)







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